Figé par son destin, dévisageant ces visages d’horizons multiples qui défilaient à toute volée dans une chaleur reposante qu’ils venaient d’affronter et d’apprécier pour la première fois, il était assis, là, dans une odeur d’essence et de cambouis insoutenable qui avait pénétré la structure délabrée et les sièges démantibulés de cette voiture d’un soir qui, malgré toute la volonté clandestine et désespérée qui le hantait, l’accompagnait vers la mort.
Ce message a été rédigé dans mon carnet moleskine, sur le vif, et retranscrit ici sans aucune modification.
La voiture fonçait en rugissant le long de la route pendant qu’il esquivait d’une façon manifeste les immeubles qui formaient le lobby, tentant un dernier temps d’observer cette lueur orangée étincelante au loin, festonnée de nuages et d’un pourtour violacé qu’il avait pris l’habitude et le plaisir de dévorer dans un silence orchestré depuis qu’il était né, né à nouveau.

Un arrêt, une porte qui claque, un rêve qui s’effondre. La tête baissée pour ne pas affronter la réalité, les yeux embués qui cachaient une émotion sans précédent, il attendait maladivement un mirage qui, à la manière d’un condamné à mort, lui éviterait la sentence suprême. L’aspect merveilleux de son expérience fait soudainement surface et sa conscience lui en fait réaliser toute la beauté et la grandeur insoupçonnée dans l’instant. Les regards se croisent dans un brouhaha de charriots, l’échéance est terminée, il est temps de se quitter.
Capuche sur la tête, ses cheveux relativement longs laissaient percevoir néanmoins un visage marqué et des yeux étoilés qui assistaient véritablement à quelque chose de chaotique. La salle — d’une taille importante, était partagée d’une façon naturelle en trois parties, séparant minutieusement les vacanciers des hommes d’affaires, et les hommes d’affaires des étudiants. Mais tous ressentaient un même sentiment : l’angoisse du retour et la tristesse du départ.
Il était 21h32. Georgia était lancée et le monde venait logiquement de s’incrémenter de soixante petites secondes pendant que lui, en reculait d’une dizaine de millions. Bercés par cette mélodie cérébrale, les pleurs s’intensifiaient au rythme des mots que chantonnait si bien Ray Charles d’antan.
Voyager et vivre, une maladie incurable née du désir de découvrir la culture d’un pays étranger qui prend une tournure dramatique à chaque retour désiré, voulu, imposé.



