Depuis bientôt trois mois et, malgré les nombreuses critiques émises à son encontre, la bibliothèque de Paris — et ceci jusqu’au premier juillet — offre la possibilité aux visiteurs d’avoir un œil collaborateur à la fois curieux et terrorisant sur la vie parisienne pendant l’occupation allemande.
À travers une exposition sublime regroupant des centaines de clichés en couleurs réalisés par André Zucca, photographe français réquisitionné par les nazis pour le journal “Signal”, on découvre le témoignage d’une jeunesse bataillonnaire et d’une ville légère et insouciante.
Rue de Rivoli. Photographie André Zucca. Bibliothèque historique de la ville de Paris.

Comme déjà plus de dix mille personnes depuis le 20 mars dernier, j’ai eu la chance de me laisser porter par près de trois cents clichés ensoleillés et colorés, fruits de longues promenades à travers Paris, que Zucca parcourut en tous sens.
Il a choisi un regard qui ne montre rien, ou si peu, de la réalité de l’occupation et de ses aspects dramatiques : files d’attentes devant les magasins d’alimentation, affiches annonçant les exécutions… On finirait même par en oublier que ces clichés ont été pris pendant la guerre, et la demi-douzaine de photos qui dévoile des militaires allemands paradant sur les Champs-Élysées nous ramène très vite à la réalité des choses.
Relève de la garde. Photographie André Zucca. Bibliothèque historique de la ville de Paris.

Avant de s’immiscer dans ces photographies qui relèvent d’une démarche très personnelle, il est donc primordial d’en comprendre la démarche et le contexte dans lequel ces images ont été prises pour en apprécier la beauté.
André Zucca fut contraint à travailler pour le magazine “Signal”, organe allemand de propagande nazie vantant la puissance de la Wehrmacht à plein régime. Ce privilège lui permit d’utiliser une nouvelle technique, la couleur, qui nécessitait néanmoins pour les photos extérieures une lumière forte, ce qui contribue à l’impression dégagée par ces photographies d’un Paris constamment ensoleillé et coloré.
Ces deux points résument en partie l’intérêt et la nature de l’exposition : elle généralise le travail d’un reporter photographe agissant pour l’occupant, seul à avoir pu légalement immortaliser ces instants, en couleur, dans le but de promouvoir un Paris animé et harmonieux loin des rafles qui se déroulaient pourtant à quelques ruelles.
Les “élégantes”. Photographie André Zucca. Bibliothèque historique de la ville de Paris.

La vision de Paris — par l’intermédiaire du magazine — d’André Zucca est donc bien ciblée mais certains clichés comme les longues files d’attente devant les boulangeries et le visage d’une vieille femme portant l’étoile juive rappellent que l’histoire fut tragique.
Une œuvre qui retrace le parcours ambigu d’un photographe hors pair mais dont la valeur propre présente un intérêt historique et artistique incontestable.
À découvrir absolument à la bibliothèque historique de la ville de Paris, jusqu’au premier juillet.



