Couramment baptisé le “Pope of the Pop” et vénéré comme l’un des artistes les plus influents du siècle dernier, inspiré par les icônes en papier glacé de sa jeunesse et fasciné par la beauté superficielle des stars hollywoodiennes, Andy Warhol a su dresser le portrait d’une société américaine et cosmopolite à travers plusieurs centaines d’oeuvres peinturales et cinématographiques.
Mélangeant photographie et sérigraphie avec brio, le maître du Pop peint — illustrateur publicitaire en premier lieu — a engendré dès 1963 une véritable émulation dans son atelier “Factory” à New-York, au moyen d’autoportraits raffinés, de screentests expérimentaux, et d’autres catastrophes baroques. Disparu il y a vingt-deux ans, l’œuvre Warholienne jouit néanmoins d’un grand succès à travers le monde grâce à son approche facile et à un processus systématique de création simpliciste, technique inédite propre au peintre-photographe, qu’il utilisera jusqu’à sa mort.
Andy Warhol — ici à gauche — a entretenu une étroite relation artistique avec Jean-Michel Basquiat au début des années 80.

Désireux de partager une partie infime — mais admirable — du “Portrait de la société” — c’est-à-dire toutes ses peintures assemblées, le Grand Palais de Paris lui consacre depuis le 18 mars dernier une rétrospective riche de plus de deux cent cinquante pièces, qui entend rendre par sa profusion inédite, l’effet de démultiplication cher à l’artiste américain.
De Marilyn Monroe — sûrement le plus connu — à Yves Saint-Laurent sans oublier Lénine — au visage sanguinolent — et Jackie Kennedy, c’est une véritable avalanche colorée qui s’abîme sur les murs blanchâtres de l’exposition, où les tableaux s’enchaînent au gré d’un parcours chronologique et thématique parfaitement orchestré.
Le principe de multiplication est omniprésent et sa technique irréprochable ; à l’aide d’un simple polaroïd ou même d’un photomaton, Andy Warhol impute les clichés réalisés sur plusieurs toiles — la plupart du temps, et y applique un traitement des couleurs et des textures différent pour chaque peinture. Il arrive à offrir un miroir flatteur et vertigineux à un monde ébahi par les apparences.
Une très jolie série de Debbie Harry — plus connue sous le pseudonyme “Blondie”, par Andy Warhol.

Le procédé était donc toujours identique, les portraits devaient toujours avoir le même format — généralement quarante pouces soit un mètre. Il souhaitait indéniablement que, réunis tous ensemble, ses tableaux n’en forment plus qu’un, le “portrait de la société” comme il la voyait, “parfaite”, en gommant les imperfections de ses modèles grâce à la sérigraphie.
Son ancrage dans son époque fait d’Andy Warhol un artiste à part entière qui possédait un regard avant-gardiste et brillant sur notre société actuelle : voyeuriste, inquiète par la vieillesse et la mort, narcissique, cupide, et autres. Il a définitivement réussi à prédire ces états d’âme en réalisant son oeuvre, et à en faire une vraie activité lucrative.
Le prix plein tarif est de 11 euros, ou de 8 euros pour les 13-25 ans.
“Le grand monde d’Andy Warhol”, une occasion inédite en France de découvrir l’art du portrait des années soixante, au Grand Palais à Paris, du 18 mars au 13 juillet 2009.



