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L’insécurité comme en France ?

Vendredi, décembre 7th, 2007

Un mois déjà.. Un mois et quelques jours que j’ai quitté la France pour venir ici et je dois dire que cela passe plus vite que je ne le pensais. J’en suis toujours au stade où je compare sans cesse tout et n’importe quoi à la vie que j’ai mis entre parenthèses pour quelques mois et je pense que cela n’est pas prêt de s’arrêter ! D’ailleurs aujourd’hui, j’aimerais aborder un sujet qui risque de bien continuer à faire la une des journaux français : l’insécurité.

Voici donc une petite analyse après un peu plus de cinq semaines aux Etats-Unis sur ce qu’est l’insécurité ici, à quel niveau, le tout argumentéepar mes soins en essayant de faire une petite comparaison avec la France.

La synonyme de luxe

Les récentes échaffourrées survenues à Villiers-le-Bel il y a quelques jours suite à un accident de la route entre deux jeunes et une voiture de police rappellent fortement les émeutes de 2005 et ont relancé le débat sur l’insécurité en France, tout du moins pour moi. Ce sentiment d’anxiété que peuvent avoir les gens dans la vie quotidienne et plus précisément si on s’en tient au Wikipédia, dans les zones en état de dysfonctionnement socioéconomique ( 40% de chomage en banlieue ) est de plus en plus fréquent et a fait parti intégrante de la campagne électorale française en mai 2007. Le problème devient grave, il devient dangereux de prendre un bus en banlieue après 22h ou de prendre le RER le soir sous peine de se faire poignarder comme cette fille il y a une dizaine de jours à Creil, à deux pas d’où j’ai grandi.

Ce n’est plus possible de vivre dans cette peur constante et grandissante depuis 2005. D’ailleurs, revenons-en aux émeutes de 2005. Face aux violences urbaines dans le Val-d’Oise, le premier réflexe est de comparer les évènements de ces derniers jours aux trois semaines d’émeutes que la France a connues en octobre et novembre 2005. Mais elles sont loin d’être identiques. Les acteurs sont effectivement les mêmes qu’il y a deux ans : policiers, jeunes, banlieues mais le contexte est différent. Là où les émeutes de 2005 étaient un mouvement national parti de Seine-Saint-Denis, les récentes émeutes ne sont que la suite malheureuse en bien pire. Le combat reste le même pour les jeunes de banlieue. Ils attendent le moindre incident politique ou autre pour déclencher un brouhaha qui s’etend, qui s’étend à chaque nouvelle altercation.

L’apocalypse était prévisible et largement annoncée après la publication d’un rapport du ministère de l’éducation nationale en 2006 sur les zones difficiles où l’on peut contaster l’énorme croissance de violences à l’école envers les personnes qu’ils appellent les “Français” et le nombre d’arabo-musulmans tentant de se démarquer à tout pris des Français ( style vestimentaire etc.. ) voire même refuser d’étudier l’histoire française ou avoir cours avec un professeur français. La musique Rap n’aide pas beaucoup et contribue également à cette radicalisation de la violence. Des artistes comme Sniper ou Ministère Amer prônent des paroles discriminatoires envers les Français et injurieuses envers le gouverment comme “La France est une garce, n’oublies pas de la baiser jusqu’au bout et à l’épuiser comme une salope” ou encore “Moi je pisse sur Napoléon et le Général de Gaulle” et une dernière “[…] j’ai envie de dégainer sur ces faces de craie qui m’empêchent de m’exprimer“. Le message est clair, il ne s’agit plus de messages, d’émeutes morales, sociales ou économiques, c’est une excuse totalement fausse. Il n’y aucun lien entre les inégalités, la pauvreté ou la précarité et ces actes de saccage, cette volonté de tuer. Non, maintenant on parle d’émeutes ethniques dirigées contre la France.

Villiers-le-Bel n’est donc pas un tournant ou un 2005-like, mais un révélateur d’une tendance plus ancienne. Il y a deux ans, c’était nouveau et amusant pour les jeunes. Partis de pas grand chose, ils ont réussi à mettre un chaos total paralysant la France pendant plus de trois semaines. Pour une fois, tout le monde les écoutait, car ils ont géré la France entière pendant tout ce temps. Ils passaient à la télévision et exprimaient leur message haineux envers les forces de l’ordre en boucle aux journaux de 20h mais les derniers évènements portent à croire qu’il s’agit maintenant d’une logique beaucoup plus destructrice que la précédente. Il n’y qu’à voir les moyens qu’ils ont en leur possession, c’est un véritable arsenal militaire. Les cités possèdent des fusils à plomb destinés à la chasse aux sangliers sans parler des talkie-walkies branchés sur les fréquences de la police pour anticiper leur mouvement et leur réaction. La volonté est toujours la même, détruire tout ce qui touche à la police et aux locaux publics. Mais une évolution majeure a fait son entrée : ils s’attaquent de plus en plus à des cibles humaines.

Les journalistes ne sortent plus sans garde du corps parce qu’ils sont catalogués comme des voyous relayant et appuyant la version officielle de l’enquête ou encore les pompiers se prennent des parpaings, des boules de pétanque lancées du haut des immeubles ou encore des pavés, à la soixante-huitard. Les policiers sont maintenant des gibiers, des cibles et l’objectif premier des jeunes est de blesser le plus possible les représentants de l’Etat avec pour certains la réelle intention d’en tuer quelques uns.

Il faut stopper cette escalade de la violence car la France est en train de se faire contrôler par les émeutiers. Un jour ces combattants de la négation de la société française sortiront de leurs cités et inspireront la peur, la terreur. Ils sont entrain de prendre conscience de leur énorme capacité de nuisance. l’Etat a perdu non seulement le monopole mais aussi le droit d’utiliser la violence pour se faire respecter, ils ne font que subir.

Existe-t-il des solutions ?

Que faire alors ? Le plus grave est que tous les hommes politiques ne savent comment réagir devant ce fléau grandissant. Pendant que la gauche demande un retour de la police de proximité, le gouvernement a choisi de ne pas remettre en question l’organisation de la police sur le terrain et c’est bien dommage. Combien de temps nous reste-t-il avant que cela dégènere en guerre civile ou en affrontement directe ? La gangrène s’est installée dans nos banlieues. Le retour à l’ordre républicain ne sera pas facile. Le gouvernement a confié à la secrétaire d’Etat chargée de la politique de la ville, Fadela Amara, la mission de porter un nouveau plan “banlieues” mais qui n’attire pas les faveurs des responsables associatifs et des élus pour le moment. L’avenir n’existe plus dans ces lieux où seule la force domine. Demain, dans un mois ou dans un an, les policiers finiront par répliquer et utiliseront leurs armes et là, la situation va s’aggraver.

Il serait temps de prendre exemple sur d’autres pays à ce niveau-là comme la Russie ou les Etats-Unis. Ici, on ne vous laisse pas le choix et les brigades anti-émeutes n’attendent pas que les esprits chauffent pour charger, ils le font dès le début. Certes dans sa globalité, l’Amérique reste un pays violent et c’est peut-être la raison de cette attitude employée pour n’importe quel crime ou fait, mais il faut l’avouer, les résultats sont là. La récidive est très basse parce que l’intimidation fonctionne à merveille. Que ce soit pour avoir fumé de la marijuana dans un parc ou pour avoir tué quelqu’un de sang froid, la sanction est la même ici, c’est la prison pour plusieurs jours ou pour une dizaine d’années. Comme l’a dit un officier de police lors d’un débat télévisé, dans la plupart des pays d’Europe sans même parler des Etats-Unis, les policiers mis dans une situation similaire à celle de Villiers-le-Bel auraient le droit et auraient fait usage de leurs armes. Le but des émeutiers est sans doute précisément d’en arriver là, pour pouvoir déclencher une véritable “guerre” avec les forces de l’ordre et asseoir leur autorité sur les “quartiers”.

Tout ça fait que maintenant je crains mon retour en France et je comprends totalement le choix de centaines de personnes souhaitant s’expatrier à l’étranger. Bien sûr, certains me diront que l’insécurité ne touche en partie que Paris et ses alentours et que les provinciaux ne sont pas du tout concernés mais pour combien de temps encore ? Quand on voit la capacité qu’ont les cités pour paralyser une bonne partie de la population en brûlant simplement des voitures, on se demande comment cela va se passer avec une meilleure communication et gestion du conflit entre les cités de la France entière. L’évolution entre les premières émeutes de 2005 et de 2007 est fulgurante, tant en terme de volonté qu’en terme de violence. Si le gouvernement ne cesse de parler et n’agit pas dans les mois à venir, les prochains affrontements risquent de faire couler beaucoup de sang.

Le contraste entre l’insécurité en France et celle à Hawaii est saisissant, et n’allez pas me dire qu’ici c’est la jungle avec des cabanons en guise de maison où l’on sirote des cocktails dans des hamacs. Honolulu et ses disctricts rassemblent près de 800 000 habitants dans une ville aussi américaine que peut l’être Los Angeles. Vous traversez la rue en dehors d’un passage piéton ? Amende d’une centaine de dollars sur le champ. Vous buvez dans un lieu public ? Une nuit au poste. Toutes ces petites choses font qu’aux Etats-Unis, le respect des lois par la population est très nettement supérieure à celui en France. Récemment une loi est passée qui oblige tous les automobilistes à s’arrêter lorsque quelqu’un veut traverser la route sur un passage piéton. Et bien ici, on n’attend pas que vous mettiez un pied sur les bordures pour s’arrêter, ça se fait automatiquement et naturellement.

Il y a de belles leçons à tirer sur ce point des Etats-Unis même si ils sont loin d’être parfaits dans tous les domaines. Les sanctions sont tellement hautes à en vous en donner froid dans le dos que la moindre petite infraction vous parait incensée à faire. Tous ces élements rendent la vie paisible, sans crainte, et dans un respect d’autrui remarquable. Prendre le dernier bus à une heure du matin en passant par Chinatown n’est pas un problème à Honolulu, même si vous êtes un “Haole” ( étranger en Hawaiien ), pour dire. Au final, les petits caïds d’Hawaii voulant imiter les gros gangs de Californie s’avèrent être les plus gentils et attentionnés à l’inverse des vieux papies grincheux ne trouvant pas de place assise dans le bus qui eux, sont des véritables chieurs. Mais je vous l’accorde, à force de voir la vie en rose ( en comparaison avec la France à ce niveau ) on finit par oublier que oui, il y a quand même des crimes chaque mois et des trafiquants de drogues dans les rues du Downtown. Mais cela reste très limité et localisé dans des secteurs bien particuliers.

En clair et pour conclure ce billet assez inédit pour un blogue de ce gabarit, j’appréhende de plus en plus mon retour en France pour plusieurs points. Je n’ai même plus envie d’y revenir et encore moins d’y vivre si ce n’est pour revoir mes proches et ma famille et clairement pour manger de la vraie nourriture à nouveau. Je ne vis pas les problèmes en France mais je les observe et - en fonction du lieu où vous vous vivez maintenant - cela vous donne un avis totalement différent sur le sujet. Toutes ces histoires ne donnent pas envie de rentrer lorsqu’on habite près de la région parisienne. Déjà que je ne voulais pas revivre les mêmes choses qu’avant comme ce sentiment d’insécurité dans certaines situations et que je vois qu’une nouvelle étape a été franchie, ça fait peur.

Qu’on se le dise ou non, ce sentiment est de plus en plus ancré dans l’esprit des gens. Ce qui m’avait choqué c’était de voir que le journal “Honolulu Advertiser“, le truc assez spécialisé dans les affaires locales, parler trois jours de suite des problèmes en France en deuxième page ! Il est vraiment temps de réagir mais peut-on encore appliquer des ordres après tant d’incidents et l’accentuation d’un phénomène d’îlot jusqu’à une certaine autarcie des banlieues ? La discussion est ouverte et j’espère que d’ici quelques temps le gouvernement nous offrira de réelles solutions.

À bientôt.

Sources: Le Monde, RCJ, C dans l’air.

Brainstorming du séjour