J‘y étais. Quel plaisir de pouvoir le dire enfin après tant d’années d’attente. Difficile à croire qu’il y a plus de dix ans, Thomas et Guy-Manuel étaient encore deux simples étudiants parisiens qui bidouillaient leur sampleur et traversaient déjà le monde entier pour leur qualité de mixage comme sur cette vidéo au Wisconsin en 1996 où Thomas nous délivre un set exceptionnel.
Hier, ce n’était pas une poignée de personnes qui était là mais plus de dix-huit mille dégénérés dans une chaleur dès plus éprouvante. Chronique d’un concert qui m’a littéralement renversé.
Le jour est arrivé
jeudi 14 juin 2007, trois mois que j’attends cette date.
Arrivé sur les coups de 17h avec cinq amis devant l’entrée principale de Bercy, je suis assez surpris de ne pas me retrouver devant une queue de plusieurs centaines de mètres bien au contraire, environ un millier de jeunes était assis pour prendre la claque de l’année.
Les portes s’ouvrent à 18h30 et impossible de rentrer avec nos bouteilles d’alcool. On finit tout ça rapidement et passe la sécurité. On se retrouve en plein milieu de la fosse à même pas trois mètres de la scène, on ne pouvait pas rêver mieux.

L’alcool commence à faire son effet lorsque SebastiAn et Kavinsky commencent leur set. Grosse déception quand je réalise que les lumières restent allumées et que le son est volontairement mis assez bas pour renforcer la prestation des Daft un peu plus tard. Néanmoins ils font un set extra alliant son hip hop, hard tek et même speedcore sur la fin.
Et là, les choses sérieuses commencent. Après un live des Klaxons plutôt correcte qui chauffe l’ambiance et une bonne heure d’attente pour vous forcer à consommer, le rideau tombe et apparait une pyramide incrustée d’écrans avec autour des triangles liés.
Bercy est en folie, la température est très haute dans les premiers rangs de la fosse à tel point que j’ai du perdre au moins cinq kilos dans ce concert.
Les daft rentrent sur scène, et là c’est littéralement l’explosion dans Bercy. Les portables et appareils photo numérique sortent de partout et viennent illuminer la fosse et les gradins ; “Robot Rock” est lancé, nous voilà parti pour un concert anthologique.
Le sample de “Robot Rock” débute avec un tempo très bas puis augmente au fur et à mesure pour enchainer sur le somptueux “Technologic vs. Oh Yeah” où les Daft Punk sont devancés d’un écran géant fantastique où toutes les paroles de “Technologic” défile sur un fond rouge agressif mais puissant.

Les effets de lumière sont hallucinants et plongent Bercy dans un voyage surréaliste. On se retrouve hypnotisé par ces entités qui ne vous disent rien mais vous racontent tout avec leur musique. Ils enchaînent sur “Television Rules The Nation” couplé avec les voix de “Around the World”, un de mes Mashups préférés. En entendant les paroles d’un des plus gros tubes électro, la fosse est en exctase et je peine à immortaliser ce moment avec mon portable tellement ça bouge.
Mais le meilleur moment de la soirée pour moi niveau mix restera le “Around The World vs. Harder, Better, Faster, Stronger” où j’ai carrément implosé, le public aussi, je me suis retrouvé à 15m à droite de mon ancienne position et je suis arrivé pile poil en face d’eux, à une dizaine de mètres d’un dès rares duo à avoir autant d’autarcie artistique.
S’en suit “One More Time vs. Aerodynamic”, le break avec le solo de guitare était totalement orgasmique d’ailleurs Thomas dansait carrément devant ces trois écrans PC qui lui ont servi pour ce live.
À ma grande surprise d’ailleurs, ils ont été super communicatifs avec nous, et ont inversé la vapeur à plusieurs reprises en nous applaudissant, nous. Malgré tout, et définitivement, il est impossible de considérer les Daft Punk comme des humains à part entière tellement ils vivent pleinement leur fantasme en étant déguisés en robot et c’est d’ailleurs pourquoi chacun de leurs mouvements de nuques répondant à chaque beat sont très appréciés.
On ne les voit pas travailler, on ne voit pas leur regard, leur véritable émotion et c’est ça qui rend les Daft Punk si magique.
Le concert se termine après une version de “Da Funk” fantastique, lorsqu’ils ont lancé la première bassline j’ai cru que j’allais mourir tellement c’était bon. Ils jouent enfin “Human After All (Superheroes Remix)” qui fut pour moi une très bonne surprise, assez hard et très entrainante. Les Daft Punk saluent le public, les embrassent même, puis s’en vont.

Comme à l’accoutumé, nous les rappelons dans un noir terrifiant rempli d’étoiles qui étaient en fait des portables. Ils reviennent sous les hurlements du public qui fait vibrer le sol de partout, et là c’est la claque de la soirée. Ils s’affichent avec de nouveaux costumes et sont vectorisés en rouge dans leur vaisseau où de vraies images apparaissent, le contenu visuel s’enrichit et soudain, le noir et le minimalisme.
Quinze minutes plus tard, la musique s’arrête, les Daft Punk se retournent pour montrer leur logo illuminé, leurs costumes s’eteignent. Le public tente un deuxième rappel après ce second mix totalement déjanté et très expérimental, en vain. Les lumières se rallument et on a du mal à redescendre sur terre.
L’après
En sortant je bois environ deux litres et demi d’eau tellement je suis déshydraté et trempé. Un petit tour à la boutique plus tard pour garder un souvenir de cette soirée phénoménale, on finit la nuit en after chez une connaissance parisienne dans le 6ème arrondissement de Paris. Dodo à 7h puis direction la gare du Nord à 11h pour rentrer à la maison. Je m’endors pendant le trajet des étoiles plein les yeux à tel point qu’en les fermant je revois encore les flashs provoqués par les jeux de lumière de la veille.
Je posterais bien mes vidéos pour vous montrer à tout prix ma place à quelques mètres d’eux, mais le format MP4 m’empêche de les convertir avec le son. Et puis ce n’est pas ce qui manque les vidéos avec un son plus que correct.
En conséquence, une soirée extraordinaire où l’on a pu voir de toutes les nationalités, mais quand même un gros bémol, la chaleur. Je félicite pas Bercy à ce niveau-là car dans les tous premiers rangs de la fosse c’était vraiment insoutenable et très difficile à imaginer. Je tire un chapeau aux gens de petite taille qui y étaient et qui n’ont pas bu du tout pendant le concert, tout du moins si ils sont encore vivants. Egalement, les basses étaient beaucoup trop fortes tout devant, dur de distinguer les aigues dans tout ça.
Merci aux dafts pour m’avoir fait vivre une expérience si décalée et jouissive d’un live hors du temps qui font la force de ce duo si mystérieux. Merci à ces robots qui nous rendent un peu gênés en nous faisant presque la fleur de se laisser observer pour quelques concerts par an.



